L’estran

 

 » Ils vont par un étroit sentier qui longe le bord de la falaise. […] Le chemin est couvert de gravier blanc, il semble ne mener nulle part, être un sentier de pure errance, de songe et de patience.

Ils suivent en silence ce blanc chemin sinuant à ras de ciel, de lumière, à la lisière de l’océan, cette mince voie du rien. »

(Sylvie Germain, Tobie des marais)

 

 

Historiquement, le mot estran signifie « délaissé sableux de la mer ». Espace situé entre les plus basses et les plus hautes marées, que l’on longe avec aisance ou que l’on traverse à son insu. C’est le monde incertain et attirant d’un va et vient, pas même un chemin, fait de traces mouvantes et effacées, mais où s’éprouve une confrontation à soi autant qu’aux éléments sans pour autant embarquer vers la haute mer. Pas besoin d’aller très loin pour chercher l’ailleurs. Il est ici même. Espace particulier, où ce que l’un laisse, l’autre le ramasse. Par bribes et par morceaux préservés par les flots, une histoire s’écrit, se dépose, puis se recueille et repart, emportée par d’autres flots, par le vent, par une main d’enfant, autant de rencontres.

Si l’on s’attarde dans son écart, l’on prend le temps chercher en soi le voyage, ou juste à côté de soi. Car il faut souvent quelqu’un d’autre pour trouver le chemin de soi, de ce que nous avons si souvent oublié et qui pourtant nous tient en vie.

L’Estran se veut attentif à ces modes particuliers d’expérience où le va et vient des mouvements minuscules ou plus grands de l’existence creusent le paysage intime imperceptiblement mais dans les profondeurs, comme un portrait de soi évanescent, à la fois très proche et pourtant jamais totalement révélé.

« Je ne peins pas l’estre, je peins le passage »…
(Michel de Montaigne)

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